Zéro de Conduite


#81 • Frank Borzage, The Mortal Storm (1940)
6 novembre 2009, 20:05
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The Mortal StormBorzage (il existe deux écoles de prononciation, les pros-”Borzayghee” et les pros-”Borzaydji”, qui rappellent que l’option franchouillarde est définitivement à proscrire) est généralement considéré comme l’un des plus grands réalisateurs américains de l’entre-deux guerres. Parmi les qualités qui l’ont rendu très populaire il est à noter ce soin attentif porté au traitement de la relation amoureuse. Jamais Borzage n’évoque l’amourette mais  exalte bien au contraire l’amour fou (voir son adaptation de L’adieu aux armes). Auteur de nombreux chefs-d’œuvres mondialement salués par la critique, Borzage, de l’avis général, signe avec La tempête qui tue son dernier film d’importance. Voyons ce qu’il en est.

Dans une bourgade universitaire située dans les Alpes allemandes, Viktor Roth (Frank Morgan, vu la même année dans The Shop Around the Corner de Lubitsch tout comme James Stewart et Margaret Sullavan) est un professeur réputé et apprécié de tous (sa famille, ses collègues et ses étudiants). Nous sommes dans les derniers jours du mois de janvier 1933. Il est inutile, je pense, de vous rappeler les événements qui remuèrent l’Allemagne à cette époque mais pour bien comprendre la trame du film, il suffit d’avoir les éléments suivants en tête: Viktor Roth est l’époux d’une femme qui d’un premier mariage a eu deux fils; du second lit ils ont eu Freya (Margaret Sullavan) et un autre garçon; Freya est fiancée avec Fritz Marberg (Robert Young) et très amie avec Martin Breitner (James Stewart); Viktor Roth est juif; le fiancé de Freya et ses deux demi-frères se revendiquent ouvertement du parti nazi. L’équation est donc posée. Seul Martin Breitner n’adhère pas à l’idéologie du Führer et assiste, tout comme Freya, le professeur et sa femme, à une explosion de violence sans précédent, contre les juifs en particulier. Parallèlement à l’apogée du nazisme c’est donc le déchirement d’une famille que l’on croyait soudée à laquelle on assiste. Séparée de Fritz, Freya s’éprend du personnage interprété par James Stewart dont elle admire le courage et le pacifisme.

Inspiré de l’ouvrage éponyme de Phyllis Bottome publié deux ans plutôt, The Mortal Storm est un film à la fois politique et lyrique. Politique tout d’abord parce qu’il est l’un des premiers films à dénoncer de manière si ouverte et radicale le nazisme et ses conséquences, l’un des premiers à l’illustrer de manière si réelle et donc terrible (autodafés et camps de concentration). Lyrique ensuite car l’histoire d’amour entre le personnage de Freya et celui de Martin est une des plus belles et fortes jamais portée à l’écran. Et que dire de cette fin dans laquelle la liberté trouve son aboutissement dans l’amour et la mort ? Borzage est un cinéaste dont on ne criera jamais assez le talent. Tampon “Vu et très recommandé par ZDC”.



#80 • Mikio Naruse, Ukigumo (1955)
2 novembre 2009, 21:16
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Ukigumo
Si Naruse devient cinéaste plutôt qu’employé des chemins de fer comme son frère, c’est essentiellement grâce à la littérature, sa première passion, qui le guidera progressivement vers le cinéma. Dès l’âge de 15 ans il débute comme accessoiriste à la Shochiku toute récemment créée. Avant de réaliser Nuages flottants en 1955, Mikio Naruse est déjà l’auteur de près de soixante-dix films depuis le début des années 1930. C’est en 1935 qu’il remporte son premier succès public et critique avec Ma femme, sois comme une rose, film au titre particulièrement poétique (si quelqu’un l’a vu, son avis serait le bienvenu). Découvert tardivement en Occident (à partir des années 1980, notamment aux Etats-Unis et dans les festivals de Locarno et San Sebastian), il est désormais reconnu comme le quatrième grand réalisateur japonais des années 50 en compagnie d’Ozu, Kurosawa et Mizoguchi.

Le film débute en 1946 quand Yukiko (Hideko Takamine, la plus grande actrice japonaise de l’époque) rentre d’Indochine. Elle se retrouve à Tokyo et se rend au domicile d’un homme. Elle y rencontre sa femme et sa mère puis le retrouve. On s’aperçoit rapidement qu’elle n’est pas juste venue lui porter un message du ministère comme elle le prétend mais qu’en réalité ils se connaissent de manière plus intime. Par de judicieux flashs-back Naruse nous présente la rencontre des deux personnages en Indochine française pendant la guerre. Tomioka (Masayuki Mori, que l’on a pu voir dans Rashomon et Les contes de la lune vague après la pluie – deux chefs-d’œuvre en somme) est à cette époque un fonctionnaire des eaux et forêts du gouvernement japonais et Yukiko une secrétaire du ministère de l’agriculture. Se noue entre eux une liaison qu’ils n’hésitent pas à qualifier de torride. Mais la défaite a brisé l’idylle. Les promesses de Tamioka se sont envolées avec la maladie de sa femme. C’est un dur retour à la réalité pour Yukiko. Cependant, ils continuent à se voir, ils se remémorent le passé, se disputent, s’éloignent pour finalement toujours se retrouver. Durant cette même période on apprend entres autres que la jeune femme se prostitue auprès de GIs pour subvenir à ses besoins, qu’une passion voit le jour entre Tomioka et la très jeune épouse d’un hôtelier et que Yukiko enceinte de Tomioka, finit par se décider à avorter. Tout ceci nous conduisant au final bouleversant qui est celui de Nuages flottants.

Considéré traditionnellement comme le chef-d’œuvre de Naruse, ce film nous offre une belle opportunité de cerner son cinéma: peu d’effets de caméra, habiles insertions pour renforcer l’aspect dramatique, relative liberté laissée aux comédiens dans leur jeu. Sur ce dernier point, il est à noter que les prestations des deux acteurs principaux sont excellentes, celle de la bouleversante Hideko Takamine en tête. Comme il a souvent été souligné, Nuages flottants aborde une multitude thèmes sombres comme le viol, la prostitution, l’avortement et la maladie qui en font un film d’un profond pessimisme. Mais cela ne doit pas rebuter car c’est bien de cette vision que se nourrit la beauté de Nuages flottants.



#79 • Erich von Stroheim, Greed (1924)
30 octobre 2009, 18:28
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GreedChroniquer Les rapaces me fut indirectement proposé par Cinéphile qui, à l’occasion de son billet sur Folies de femmes, m’enjoignit vivement à voir ces deux œuvres de Stroheim. Parler du film du jour sans évoquer le culte et la fascination qui l’entourent est impossible. Avant toute chose, il faut savoir que Greed durait à l’origine plus de neuf heures. Insatisfaite, la MGM ordonna de très nombreuses coupes pour obtenir finalement une version de deux heures. Ce n’est que 75 ans après la première qu’une version d’environ trois heures cinquante vit le jour grâce à l’ajout de photographies de tournage (les sept heures coupées à l’origine sont perdues). Cette version, qui permet une meilleure compréhension du récit et d’introduire des personnages qui avaient disparu au montage, est celle que j’ai eu le plaisir de voir.

John McTeague (Gibson Gowland impressionnant et admirable) est un garçon à la stature de colosse, un peu bourru mais avec un bon fond. Alors que son père sombre dans l’alcool, sa mère rêve d’un bel avenir pour lui. Un jour, alors qu’un dentiste est de passage dans leur bled, Mrs. McTeague le supplie de prendre son fils comme assistant. Voici comment il quitte la mine où il travaillait pour la ville. Chemin faisant, après avoir appris la mort de sa mère, il décide de se mettre à son compte. A San Francisco, il rencontre Marcus (Jean Hersholt), un type plutôt sympa qui fait de l’amitié une valeur suprême. Ils deviennent rapidement amis. C’est d’ailleurs par l’intermédiaire de Marcus, que McTeague rencontre sa cousine, Trina (Zasu Pitts). Il en tombe amoureux et après maintes tentatives parvient enfin à lui faire accepter l’idée d’un mariage. Dans l’intervalle, Trina remporte 5000 $ à la loterie. L’arrivée de cet argent va provoquer progressivement la chute du couple et la haine de Marcus. Trina devient de plus en plus avare et McTeague, comme rattrapé par ses gènes, est gagné par les démons de l’alcool.

Parfois plus célèbre pour son côté “film maudit” que pour le film à proprement parler, Les rapaces est pourtant une œuvre épique extraordinaire. Inspiré du McTeague de l’écrivain américain Franks Norris, il est un des plus grands films naturalistes de l’histoire du cinéma. Si l’on reprend la définition que Deleuze fit du naturalisme à l’écran selon laquelle il est fait essentiellement d’images-pulsion alors on est certain que le film de Stroheim en fait partie. Tout est pulsion chez ces personnages rongés par l’avarice, l’alcool, le sexe, un instinct qui redevient petit à petit proche de celui de l’état de nature. Plans magiques, chronique sociale, pessimisme (seul le couple de petits vieux apparaît comme une lueur d’espoir), Les rapaces est un film terrible et superbe à la fois. Véritablement inoubliable.



#78 • Ettore Scola, C’eravamo tanto amati (1974)

ceravamo_tanto_amatiEttore Scola qui réalise son premier film, Parlons femmes, en 1964 est d’abord rédacteur dans plusieurs canards satiriques italiens qu’il exerce à la fin de la guerre jusqu’au début des années 1950. Dans le même temps il écrit des scenarii à forte teneur humoristique dans lesquels il développe des rôles sur mesure pour Antonio de Curtis, plus connu sous le pseudonyme de Toto, qui joua chez Pasolini et Corbucci. Il participa activement à l’heure de gloire de la comédie à l’italienne dans les années 60 en signant notamment le scénario du Fanfaron (1962) et des Monstres (1963) de Dino Risi.

Ceux qui ce sont tant aimés sont ces trois camarades de la Résistance qui vont se perdre de vue puis se retrouver à plusieurs reprises après la fin de la guerre sur une période de près de vingt ans. Antonio (Nino Manfredi) est sans doute celui qui a le moins profité du miracle économique qui suivit la reconstruction. Brancardier puis infirmier, avant de redevenir brancardier après une altercation avec une bonne sœur, il apparait comme le plus sympathique, le “bon-vivant” des trois. Gianni  (Vittorio Gassman) a terminé ses études de droit et après des débuts difficile devient le gendre d’un marquis. Objectivement il est celui qui a le mieux réussi. Mais comme le lui souffle à plusieurs reprises son beau-père, les riches sont plus à plaindre que les pauvres, car ils sont seuls. Nicola (Stefano Satta Flores) enfin, est devenu prof dans un lycée et se bat auprès de ses collègues et de sa hiérarchie pour qu’on reconnaisse le mouvement néo-réaliste du cinéma italien comme un mouvement artistique à part entière, idéologiquement mût par des convictions de justice sociale et de dénonciation de la misère. Ne souhaitant pas revenir sur ses positions, il plaque femme, enfant et boulot et rejoint Rome. Ajoutez à cela la présence de Luciana (Stefania Sandrelli) qui tour à tour entrera dans le cœur des trois compères et vous obtenez Nous nous sommes tant aimés.

Ce qui ressort du film c’est une profonde nostalgie ainsi qu’un amer constat du miracle économique italien. Sans trop se plaindre, les trois protagonistes sont bien conscients que leurs idéaux de justice et de progrès, que l’euphorie qui succéda aux horreurs de la guerre, se sont évanouis avec le temps. Scola, qui connu un grand succès avec ce film, exprime parfaitement cela. Notons la narration, intéressante avec le point de vue de chacun des personnages. Sur fond d’hommage aux grands réalisateurs que sont Rossellini mais surtout De Sica (auquel le film est dédié), Nous nous sommes tant aimés est un beau film même s’il laisse parfois percer une mise en scène parfois hasardeuse ou trop appuyée comme le souligne très justement le Ciné-Club de Caen. Ce film marque le début de la grande période d’Ettore Scola.



#77 • Don Siegel, Invasion of the Body Snatchers (1956)
25 octobre 2009, 21:48
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Invasion of the Body SnatchersC’est un peu par hasard que je (re)tombe sur cette Invasion des profanateurs de sépultures hier après-midi dans un cinéma du Quartier Latin. Au débotté je tends huit euros à la guichetière. Deux ou trois choses à dire sur ce film avant de commencer. Seule incursion de Siegel dans la science-fiction, Invasion of the Body Snatchers fut l’objet de trois remakes que la décence nous force à oublier. Il faut noter la participation de Sam Peckinpah aux dialogues (les références à Shakespeare viennent-elles de lui ?) ainsi que dans un rôle de figuration. Remarque enfin concernant ce sens aigu du rythme chez Siegel bien visible dans ce film qui s’explique entre autre par ses talents de monteur qui a eu le loisir d’exercer à la fin des années 30 et au début de la décennie suivante sur des films comme The Roaring Twenties, Gentleman Jim ou bien encore Casablanca.

Le film débute dans un poste de police où un psychiatre répond à l’appel d’un officier concernant un individu pour le moins remuant. Il crie et supplie qu’on l’écoute et par l’intermédiaire d’un flash-back raconte au médecin la raison de sa présence ici. Lui-même médecin, Miles Bennell (Kevin McCarthy) vit dans la paisible petite ville californienne de Santa Mira. De retour d’un colloque médical, il croise plusieurs personnes qui émettent des craintes concernant leurs proches, parmi lesquelles ce gamin terrorisé qui refuse de voir sa mère. Le garçon est persuadé que celle que tout le monde croit être sa mère ne l’est pas. Non en termes de parenté mais bien d’identité. D’abord amusé, puis interloqué, Bennel comprend peu à peu que les craintes d’une partie de la population sont bien fondées. Des extraterrestres, par l’intermédiaire de cosses (vous ne mangerez plus de petits pois comme avant), s’emparent du corps de leur victime pendant leur sommeil les transformant ainsi en êtres totalement amorphes, sans aucune émotion, dénués d’amour ou de haine. Accompagné de sa petite amie et d’un couple à avertir les autorités, il se lance dans une lutte contre le sommeil et une course poursuite qui finira au poste évoqué plus haut.

Du brillant scénario (tiré d’un roman publié l’année précédente) de Daniel Mainwright, à qui l’on devait déjà l’écriture de  La griffe du passé, Don Siegel réussit le tour de force de signer un film de science-fiction sans le moindre artifice. Le rythme est rapide et nerveux, un peu à la manière d’un policier, et le film ,dans un contexte particulièrement tendu, révèle les inquiétudes d’une population particulièrement paranoïaque. Une belle réussite (ne pas se laisser influencer par la très mauvaise traduction française du titre) que Lourcelles ne manque pas d’évoquer en ces termes: “Le message du film est, par nature, anti-totalitaire mais il s’en prend aussi [...] à cette sorte de cancérisation du monde et des individus provoquée par l’indifférence, la disparition de toute réaction émotive, l’absence de passion et de rage à défendre ses idées. En ce sens, L’invasion des profanateurs de sépultures est toujours un film d’actualité”. Bien vu.



#76 • Luis Buñuel, Viridiana (1961)
22 octobre 2009, 12:26
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ViridianaViridiana traine derrière lui une réputation pour le moins sulfureuse. En effet, alors que Franco avait invité Buñuel à revenir de son exil mexicain, le cinéaste réalisa un film dans lequel, comme pour exorciser ses démons, il mêla sexe et religion avec une iconoclastie qui lui était propre. On imagine aisément les tronches du leader espagnol et du pape. Demeure tout de même un mystère: comment Viridiana a-t-il pu échapper au contrôle franquiste à ce point ? Malgré le scandale, malgré la censure (pas de distribution en Espagne avant le mort de Franco, soit quinze ans après sa présentation à Cannes), ce film,  s’inspirant très librement de la vie d’une sainte, obtint la Palme d’or.

Viridiana (Silvia Pinal – soyons clairs, seule Monica Vitti parvient à me la faire oublier – sublime) est une jeune femme qui s’apprête à rentrer dans les ordres, à vivre recluse dans un couvent pour le reste de ses jours. La mère supérieure lui annonce que son oncle qu’elle n’a vu qu’une ou deux fois souhaiterait la voir une dernière fois avant qu’elle ne prononce ses vœux. Réticente, Viridiana accepte finalement. Don Jaime (interprété par Fernando Rey, l’un des acteurs fétiches de Buñuel), son oncle, possède une vaste propriété laissée quelque peu à l’abandon depuis la mort de sa femme. Il essaie de renouer les liens quelques peu distendus avec sa nièce qu’il connaît très peu. Bien vite, il tombe sous le charme de Viridiana. Il la drogue, abuse d’elle puis lui demande de l’épouser. Horrifiée, celle-ci refuse. Don Jaime honteux et humilié se pend. Cet épisode a profondément marqué Viridiana qui renonce à devenir bonne sœur. Elle rencontre le fils naturel de son oncle, Jorge (Francisco Rabal), qui hérite de la propriété et qui accepte de la partager avec sa cousine afin que celle-ci, dans son infinie bonté et à la recherche d’autres moyens pour servir Dieu, puisse comme elle le souhaite recueillir plusieurs sans-abris pour la plupart malades et/ou handicapés. La cohabitation se fait de plus en plus difficile à mesure que le temps passe et donne lieu à plusieurs incidents dont l’importance va croissante. Un soir, alors que les “proprios” sont de sortie, le groupe de clochards s’adonne à une orgie (en gros vous prenez la quasi-totalité des sept péchés capitaux pour vous faire une idée) sur font de musique sacrée (pauvre Haendel).

Gros scandale donc que ce Viridiana. Quel iconoclaste ce Buñuel ! Jamais il me semble il n’aura été aussi loin dans la provocation envers l’Eglise. Il ne pouvait sans doute pas faire plus fort. Tout ici suggère une haine profonde pour la religion.  Prenez la couronne d’épines du Christ, brûlée par la fille d’une domestique. Prenez la charité chrétienne, balayée d’un revers de main par les clochards eux-mêmes. Prenez l’Angélus récité en cercle dans la propriété, écrasé par les travaux grâce à une science savante du montage. Prenez enfin l’extraordinaire parodie de la Cène dont je parle plus haut, corrompue par le sexe, la bouffe et la sauvagerie humaine. Plus qu’un film, un brûlot, une bombe érotique. Allez jeter un œil chez Cinéphile concernant ce film, bien que je trouve qu’il  en mésestime la portée actuelle, sa chronique est bien foutue. Mon Buñuel préféré.



#75 • Stanley Kubrick, Killer’s Kiss (1955)
20 octobre 2009, 00:29
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Killer's KissQuand il réalise Le baiser du tueur, Kubrick est encore un tout jeune cinéaste. On est encore loin des chefs-d’œuvre qui vont assoir dans le futur sa renommée à l’échelle internationale et faire de lui un des réalisateurs les plus adulés. Tout est encore assez artisanal. Kubrick est lui-même caméraman et monteur sur ce film à très petit budget (environ 40,000 $) et dont la particularité est d’avoir été tourné sans le son, le doublage étant effectué entièrement en post-production.

New York. Davey Gordon est un boxeur vétéran très nettement sur le déclin. Son manager lui obtient un combat face à une étoile montante du noble art. Comme beaucoup pouvaient le pressentir, Gordon est battu assez sèchement. Rentré chez lui, il reçoit un coup de fil de son oncle qui réside à l’autre bout du pays à Seattle. Puis, alors qu’il est endormi, il entend sa voisine de fenêtre hurler. Il s’aperçoit qu’elle est bousculée par son petit ami, le gérant d’un dancing où elle travaille. Après avoir pris sa défense, Davey en tombe amoureux. Il propose à la jeune femme de le suivre à Seattle. Mais ce n’est pas du goût de tout le monde. Rapallo, le petit ami jaloux, se lance à la poursuite de Davey qu’il est prêt à tuer pour l’empêcher de partir avec celle qu’il aime même si elle ne veut plus de lui.

Chronique étonnement courte me direz vous. Sans doute. Mais elle est à la mesure du sentiment qui est le mien concernant Killer’s Kiss. Je sais, Kubrick n’en est qu’à ses débuts. Je sais, le budget est minime. Qu’on s’entende, le film n’est pas sans intérêt ni qualités. On perçoit déjà une solide maîtrise de la mise en scène et de quelques mouvements de caméra empruntés à Ophüls que Kubrick admire. Mais bon dieu que la direction d’acteurs (très moyens) laisse à désirer. J’ai eu l’impression d’entre le “cut !” à la fin de chaque scène, c’est un comble. Bref, un film encore un peu bancal, dont les défauts seront vite balayés par le film suivant, le très réussi L’ultime razzia.